Le vodou, en tant que phénomène culturel-religieux, a beaucoup souffert du sensationnalisme qui a trop souvent marqué la façon dont il était présenté au grand public. Le sensationnalisme à son tour a probablement quelque chose à voir avec la peur.
Du temps de l'esclavage à Saint-Domingue, le colon qui imposait sa domination déshumanisante à l'esclave avait toutes les raisons d'avoir peur des pouvoirs occultes, qu'à tort ou à raison, il attribuait au vodou.
Baptisé contre son gré et affublé d'un nom chrétien, l'esclave avait l'interdiction de persister dans ses croyances traditionnelles et de pratiquer les rites religieux de ses ancêtres. S'il entendait résister contre cette aliénation, il ne pouvait le faire que de manière cachée, comme les premiers chrétiens à l'époque des catacombes. Les cérémonies vodoues avaient lieu la nuit, dans des lieux retirés au fond des forêts.
Les échos qui parvenaient au colon, par ouï-dire ou par le son des tambours, ne pouvaient qu'alimenter en lui la peur que ces cérémonies nocturnes ne cachent en fait des tentatives de sédition et de révoltes. En cela, il avait raison: la révolte des esclaves et la lutte pour l'indépendance haïtienne ont pris naissance dans l'ambiance des cérémonies vodoues et sous la conduite des hougans, les prêtres vodous.
La crainte inspirée par le vodou a encore une autre origine qui tient à la difficulté de tracer une frontière nette entre religion et magie. Toute religion comporte le risque de glissement dans des pratiques de type magique tendant à utiliser la divinité au lieu de simplement lui rendre un culte. A Saint-Domingue et encore aujourd'hui, le prêtre (hougan) ou la prêtresse (mambo) vodou doit se démarquer du sorcier (bòkò), celui dont on dit qu'il se sert des deux mains, c'est-à-dire qu'il s'adresse tant aux puissances du bien qu'à celles du mal, alors que le ministre du culte vodou est uniquement au service des puissances du bien.
Le sensationnalisme qui entoure le vodou encore aujourd'hui, révèle peut-être l'ethnocentrisme de ceux qui propagent cette vision. En présentant le vodou comme une religion inférieure, voire démoniaque, on "barbarise" du même coup ses adeptes. Si l'on veut bien regarder le vodou avec le regard froid de l'ethnologue ou du sociologue, on y découvrira un phénomène culturel-religieux complexe et cohérent qui échappe par bien des côtés aux schémas réducteurs.
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Posted on Sunday, 04 June 2006 at 1:50 PM
Edited on Sunday, 04 June 2006 at 2:00 PM